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Un champ de fleurs chez Buddha ( Thailande, Lopburi )

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Alan




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MessageSujet: Un champ de fleurs chez Buddha ( Thailande, Lopburi )   Lun 12 Mar 2007 - 17:14

Personne n'y vient ..... pourtant les touristes passent à Lopburi, cette ancienne capitale d'été des rois de Sukhotai et de Narai le Grand roi d'Ayuttahya, pour visiter les vestiges tendance pré khmer et notamment le Phra Prang Sam Yot avec ses trois flèches indoues, celui ci étant colonisé par toute une tribu de singes considérés ici comme des demi dieux .....

Il y en a de partout, ils se balancent le long des cables, investissent le moindre espace, chapardent tout ce qui leur passe à portée de main et les touristes sont ravies de ce capharnaum géant ...... vient on visiter les temples ou voir les singes .... ? on ne sait pas, mais le touriste vient dans cette ville entourée par des champs de tournesols aux millions de fleurs ....... et la vie semble s'écouler tranquillement et prosperement sous un chaud soleil ......

Pourtant ce matin un petit sac de toile blanche s'est rajouté aux pieds du grand boudha, et Kirpat a eu à peine la force de se retourner pour voir passer le cercueil blanc qui emportait son ami, la serviette blanche recouvrant son corps décharné par la maladie ...... et ce petit sac contenant des cendres s'est rajouté aux centaines qui s'y trouvent déjà ...... et qui quasiment jamais ne sont réclamés par leurs familles ....

Le Wat Prabat Nampo, temple boudhiste se trouve aux portes de Lopburi, là bas ..... derrière les champs de tournesol, bien à l'abri des regards mais aussi bien à l'abri de ces familles qui viennent là pour abandonner leurs proches au sort peu enviable de la maladie qui vous ronge de l'intérieur, cette maladie de la mauvaise vie dont parle Kirpat, argent, drogue, sexe, alcool, yaa baa " la drogue qui rend fou " ....... et qui a fait que celui ci a contracté le virus du sida avec une prostituée ......

Ils sont plusieurs milliers à venir mourir ici, au bout du rouleau, on vient les laisser là lorsque l'on sait qu'il n'y a plus rien à faire et on s'en va sans même se retourner, comme si on ne voulait pas emporter la mauvaise honte qui pourrait à son tour vous ronger de l'intérieur ..... oublier cette misère qui un jour vous a rattrappé alors que l'on essayait d'échapper au malheur d'une vie déjà fragilisé par tant d'incertitudes ..... mais même au bout de ces échappatoires que l'on se crée, la main avide de celle qui fane les corps à tout jamais sait comment vous saisir sur le chemin de votre destin ......

Pourtant ce matin un bus s'est arrêté au musée du Monastère avec des collégiennes, et toutes ces jeunes filles le visage recouvert d'un linge blanc ...... aussi blanc que peut l'être leurs visages aprés la visite de ce lieu, le nez pincé par l'odeur putréfide qui se dégage des fours crématoires, sont venues là pour essayer de retenir une leçon de vie et nul doute que ce cours ci sera bien assimilé par ces demoiselles aux sourires enjoleurs qui fairont tourner un jour prochain la tête de tous ces touristes en mal d'aventure dans les bars de Bangkok et de Pattaya .....

Surement quelques uns d'entre nous passeront à Lopburi, trés certainement vous apercevrez ces champs de tournesol, peut être aurez vous l'envie ou la curisosité d'aller jusqu'au monastère du Wat Prabat Nampo ...... non pas pour y faire quelques photos, ni pour saluer Kirpat qui déjà aura rejoint ses dieux, mais simplement pour plonger votre regard dans un de ces visages sans nom pour lui faire croire l'espace d'un instant que sa vie future ne sera pas remplie de cette douleur qui le ronge et que la douceur de votre main autour de la sienne aidera peut être un des amis de Kirpat à partir l'esprit rempli de moins d'amertume de cette vie qui lui a tout pris ......

Bon voyage à tous ......
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Yann
Yann
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MessageSujet: Re: Un champ de fleurs chez Buddha ( Thailande, Lopburi )   Jeu 22 Mar 2007 - 19:32

Alan passe, écrit et met la lumière sur des sentiments de voyage que peu de voyageurs aperçoivent....

Pas besoin d'en faire des tonnes,peu de mots, juste l'essentiel. Le talent et l'émotion.

Quand les larmes se dessinent, les textes d'Alan ne sont pas loin.
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L'extraordinaire se trouve sur le chemin des gens ordinaires.
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Alan




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MessageSujet: Re: Un champ de fleurs chez Buddha ( Thailande, Lopburi )   Mar 9 Sep 2008 - 18:31

Un jour on passe dans un endroit, et cette visite que l'on fait peut vous émouvoir au plus profond .... et puis on reste admiratif devant le courage qu'ont certaines personnes devant la mort des autres et l'abnégation à vouloir accompagner les souffrances dans l'au delà ..... on écrit un texte en se disant que peut être cela suscitera de la compassion auprés d'autres voyageurs, que ce soit ici ou sur d'autres forums, et finalement cela ne touche pas grand monde et on se dit que nous autres humains gardons quand même un certain égoisme chevillé au corps ..... cela étant je suis bien conscient que nous avons tous nos vies, nos soucis et nos propres désarrois à gérer ..... bref on se dit heureusement qu'il y a ce temple, le Wat Prabat Nam phu et son grand prête qui est là pour prendre soin de la douleur des corps et des âmes ......

Et puis on lit ce qui suit, paru sur le Courrier International, et ma foi on se dit que le Monde évolue quand même dans de drôles de proportions, et que les ravages du business arrivent même dans ces endroits de douleur, et on se dit que croire en l'humanité est bien source de réflexion à jamais perdu ..... ce que depuis longtems j'avais bien compris, mais là quand même j'ai été secoué, et je me dis que nous autres voyageurs sommes bien naifs parfois d'aller chercher certaines formes de sagesse dans ces pays qui soit disants en sont pourvus .....

La lecture en est longue, mais je pense que cela vaut la peine d'être parcouru ......

CONTROVERSE AUTOUR D'UN TEMPLE-HOSPICE • Le bonze, les touristes et le sida
En Thaïlande, le Wat Phra Baht Nam Phu, fondé en 1992 par le moine Alongkot Dokkapanyo, accueille des sidéens mais aussi des touristes qui viennent “contempler” la souffrance des patients. The Sunday Times a enquêté.

Le Soccerbot est une machine d’entraînement capable de lancer des ballons de football à une vitesse pouvant atteindre 90 km/h. Mieux, elle peut effectuer à la demande des passes rasantes, des balles à effet et des corners. Son coût : environ 80 000 livres [100 000 euros]. Or ce prototype – il n’en existe qu’un seul exemplaire au monde – est installé dans un endroit pour le moins surprenant : devant un orphelinat pour enfants contaminés par le virus du sida, dans le centre de la Thaïlande [dans la province de Lopburi]. Il est vrai que cet établissement fait partie d’un empire florissant édifié par Alongkot Dikkapanyo, un moine bouddhiste de 54 ans qui a commencé à s’occuper des malades du sida en 1992, à une époque où la plupart de ses compatriotes ­préféraient les ignorer.
L’entreprise est en fait partagée entre deux sites. Il y a d’abord ce vaste complexe de près de 500 hectares qui accueille plus d’un millier d’enfants, parmi lesquels un grand nombre d’orphelins atteints du sida. Mais il y a aussi, et surtout, le Wat Phra Baht Nam Phu, ou “temple des empreintes de pas de Bouddha”, qui a été édifié à 80 kilomètres de là, sur un flanc de colline dénudé, et où vivent environ 200 sidéens adultes. En Thaïlande, le nom de ce temple – où près de 10 000 personnes ont déjà succombé à la maladie – est associé à la souffrance et à la mort. On peut voir dans tout le pays les photos des patients émaciés du temple sur des affiches et sur des troncs où la population est invitée à déposer ses dons – une source de financement qui est abondamment complétée par les offrandes que font sur place les milliers de visiteurs, qu’ils soient thaïlandais ou étrangers, qui visitent le temple chaque semaine.


Aujourd’hui, c’est Max, 37 ans, lui-même malade du sida, qui guide un groupe de Thaïlandais, un mégaphone à la main. Première étape de la visite : le Life Museum. “Jetez un coup d’œil à l’intérieur. Vous n’êtes pas obligés de vous déchausser.” On peut voir dans le musée des dizaines de cadavres momifiés. Ces corps de sidéens, explique une pancarte, nous montrent “la façon dont la mort affecte chacun d’entre nous, et nous font comprendre que, dans la vie, nous devons faire le bien envers autrui”. Sur la poitrine d’un corps à demi dévoré par les insectes, on aperçoit deux globes de silicone retenus par des lambeaux de chair. Un ­carton indique que l’activité de la défunte était “Chanteuse, travailleuse sexuelle (transsexuel)”.
Le groupe passe ensuite devant le crématorium – le temple dispose de huit incinérateurs, précise Max –, puis devant un jardin de sculptures grossières réalisées avec des ossements brisés. Nous nous arrêtons maintenant devant un édifice de plain-pied. “Ce bâtiment est réservé aux patients en phase terminale, annonce Max. Si vous souhaitez prendre des photos, vous êtes priés de demander l’autorisation aux patients.” Les touristes entrent à la queue leu leu dans le bâtiment. L’endroit abrite trente et un hommes et femmes. Ils ignorent totalement les touristes. Certains trottinent en couches-culottes pour adultes, le visage enduit de talc afin de dissimuler leurs tumeurs ou leurs maladies de peau. D’autres gisent recroquevillés sur leur lit, perdus dans la torpeur ou la douleur. Certains sont devenus aveugles. Onze malades souffrent de tuberculose : on distingue les silhouettes squelettiques de cinq d’entre eux dans une alcôve à peine séparée de la salle principale. Des chats et des chiens se promènent librement dans la pièce. Le groupe ressort. L’étape finale est une grande statue de Bouddha entourée d’une muraille de sacs de sable contenant les cendres de centaines de patients décédés qui n’ont pas été réclamées par leur famille. Les visiteurs se voient enfin remettre des brochures bouddhistes avant d’être invités à faire un don.
La mort et les touristes, Michael Bassano y est confronté en permanence. Ce prêtre catholique de 59 ans, originaire de l’Etat de New York, est le plus ancien volontaire travaillant dans le temple. Il s’occupe des malades depuis quatre ans. Il lave leur corps fragile, masse leur peau abîmée, les assiste dans leurs derniers moments. “Peu importe ce qu’a été leur existence ou quelle est leur orientation sexuelle : ce sont des gens comme nous, observe-t-il. Nous devons nous comporter avec eux comme si leur vie avait un sens et de la valeur.” Au moins 1 million de Thaïlandais ont été infectés par le sida depuis le premier cas enregistré dans le pays, en 1984. Plus de 400 000 d’entre eux en sont morts. Cela étant, le royaume thaï est l’un des rares pays en développement à avoir su enrayer l’épidémie en menant d’importantes campagnes d’information. Et l’un des premiers à avoir largement distribué des antirétroviraux à bas prix. Dans les années 1990, jusqu’à 100 malades succombaient chaque mois dans le temple. Mais la situation s’est ensuite améliorée.

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Alan




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MessageSujet: Re: Un champ de fleurs chez Buddha ( Thailande, Lopburi )   Mar 9 Sep 2008 - 18:32

En 2003, à l’arrivée de Bassano, on n’enregistrait plus que quinze décès par mois, et les antirétroviraux ont rapidement fait descendre ce chiffre à moins de dix. Pour Bassano, il est donc urgent de faire évoluer l’image morbide du temple. “De nombreuses personnes meurent encore du sida, mais, avec ces nouveaux médicaments, nous pouvons les aider à vivre plus longtemps, estime-t-il. Il s’agit maintenant d’un temple de vie plutôt que de mort.” Les membres thaïlandais du personnel s’occupent des souffrants, mais, ­selon Bassano, “ils ne sont pas vraiment attentifs”. Le prêtre attribue en partie cette indifférence à la notion bouddhiste de karma. “Quand un patient est proche de la mort, mes ­collègues thaïlandais me disent de ne pas m’embêter avec lui, que sa prochaine vie sera meilleure.” Les patients croient d’ailleurs souvent que le sida est une sentence de mort karmique. L’ancien ingénieur Chukiat Sungsom, 51 ans, a eu un choc en découvrant qu’il était infecté par le VIH à l’occasion d’une prise de sang effectuée à la suite d’une campagne de sensibilisation. “Ma femme était contaminée mais ne me l’avait jamais dit, explique-t-il. J’ignore comment elle a contracté la maladie.” Il ne le lui a jamais demandé. “Je n’étais pas en colère. Le mauvais karma me poursuit. J’ai dû faire du mal à ma femme dans une vie antérieure et je le paie dans ma vie actuelle.” Chukiat s’est occupée d’elle à domicile jusqu’à ce qu’elle meure, puis, voyant que ni sa famille, ni sa belle-famille, ni ses amis ne feraient la même chose pour lui, il est venu, il y a six ans, se réfugier au temple.
Le personnel de l’établissement est mal rémunéré – de 3 500 à 7 000 bahts [de 70 à 140 euros par mois] – et mal formé pour un travail aussi épuisant. “Je travaille douze heures par jour”, souligne Wilaiwan Khantiwong, la mince mais solide jeune femme de 26 ans qui dirige l’hospice. “Bien souvent, je ne peux pas faire grand-chose pour les patients et j’ai envie de renoncer. Mais, si je pars, qui prendra soin d’eux ?” Wilaiwan a son diplôme d’infirmière. “Mais, je dois faire tous les métiers, de la femme de ménage au médecin”, explique-t-elle. Le paracétamol est l’analgésique le plus puissant dont elle dispose. “Nous avons bien un peu de morphine, mais elle est peut-être périmée à l’heure qu’il est. En l’absence de médecin, je n’ose pas m’en servir.”
Dans l’idéal, souligne Bassano, le temple devrait disposer de deux médecins et de trois infirmières diplômées. Le dernier docteur à avoir officié au temple était un volontaire belge nommé Paul-Yves Wery, qui est parti en 2004. Avant son départ, il a écrit un livre relatant les années qu’il avait passées au temple et dans lequel il déplorait que l’endroit soit mal géré, mal équipé et largement dépourvu d’hygiène. Wery y qualifiait les membres du personnel d’“esclaves” et les touristes de “cannibales” ; le supérieur y était décrit comme un personnage ambigu, qui dirigeait “ce qui est devenu une usine de mort comme il aurait géré une petite entreprise familiale”. Après la sortie de ce livre, tous les volontaires étrangers – à l’exception de Bassano – furent priés de partir.
A l’heure actuelle, les patients ne voient un médecin qu’une fois par mois, lorsqu’on les emmène à l’hôpital de la ville voisine de Lopburi afin d’y subir un contrôle de routine et de recevoir leurs doses d’antirétroviraux. Le reste du temps, ils dépendent entièrement pour les soins de l’infirmière Wilaiwan. Beaucoup de malades atteints par le VIH souffrent de “démence du sida”, un désordre cérébral dégénératif qui peut les rendre maussades, imprévisibles ou violents. En raison du manque de personnel, les patients agités sont parfois enfermés dans des cages métalliques installées à proximité des douches. Lors de ma visite, une des cages était occupée par un patient qui avait déchiré les moustiquaires de la salle des malades.
D’après l’Onusida, moins de 17 000 nouveaux cas d’infection ont été signalés en Thaïlande en 2006, alors qu’il y en avait 143 000 en 1990. Mais le taux de contamination devrait à nouveau repartir à la hausse. La prévalence du VIH chez les toxicomanes et les travailleurs sexuels masculins demeure élevée. L’usage du préservatif est par ailleurs tragiquement bas chez les jeunes Thaïlandaises. Le royaume doit à présent rééduquer sa population. C’est ce que le temple affirme faire. Mais les visites guidées qui y sont organisées ne contribuent-elles pas à entretenir les préjugés qui empêchent les malades du sida de garder leur place dans la société ? Bassano en est convaincu. “Certains gosses gardent la main devant la bouche pendant toute la visite, souligne-t-il. Parfois, ils traversent cette salle de trente-trois lits sans même dire bonjour.”
La règle veut que seuls les adultes soient admis au temple.

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MessageSujet: Re: Un champ de fleurs chez Buddha ( Thailande, Lopburi )   Mar 9 Sep 2008 - 18:33

Environ 1 300 enfants vivent dans un lieu séparé, baptisé “second projet”, où est situé l’orphelinat. Ils ne sont pourtant pas tous orphelins. Et seulement 140 d’entre eux sont contaminés par le VIH. En dehors de l’école et d’un atelier qui confectionne des photos encadrées, la plupart des bâtiments semblent inoccupés et délabrés. Les enfants atteints du sida ont leurs propres dortoirs, indiqués par une pancarte : “Dortoir pour garçons contaminés” ou “Dortoir pour filles contaminées”. Des enfants émaciés – dont certains ont à peine 3 ans – errent dans les couloirs impersonnels ou farfouillent sans mot dire dans des boîtes pleines de bric-à-brac.
L’histoire d’Alongkot Dihkapanyo et de son temple est instructive. Il faut d’abord rappeler que certains bonzes thaïlandais jouissent quasiment d’un statut de rock star. Courtisés par les politiciens et les célébrités, les plus connus d’entre eux croulent sous les dons. Dans les fastes années 1980 et 1990, on en voyait certains se déplacer en limousine avec chauffeur et édifier des temples en marbre d’Italie. Les fidèles d’Alongkot – ­parmi lesquels figurent la star du tennis Paradorn ­Srichaphan et au moins deux anciens Premiers ­ministres – parlent avec vénération de son barami, ou charisme spirituel. Ingénieur de formation, Alongkot avait fait des études en Australie avec l’intention de créer un vaste centre de traitement des ordures. Mais, au lieu de cela, il se fit moine – à la suite d’un chagrin d’amour, selon sœur Pok. A Lopburi, il rencontra un homme atteint du sida. “Je lui ai pris la main, et il est mort sous mes yeux”, raconte Alongkot sur le site Internet du temple. “Ce fut une expérience bouleversante.” L’hospice qu’il créa par la suite suscita les inquiétudes de la population locale. Craignant l’infection, nombre d’entre eux refusaient de mettre de la nourriture dans son bol lorsqu’il faisait du porte-à-porte pour l’aumône matinale… Alongkot estime que le temple a déjà reçu la visite de quelque 4 millions de personnes. Il défend le principe des visites, affirmant qu’elles favorisent la sensibilisation et rehaussent l’estime de soi des patients. “Les patients ont maintenant le sentiment qu’ils ont le droit de dire qu’ils sont infectés, qu’ils ont le sida, m’a-t-il expliqué. Et, quand ils reçoivent des visiteurs, ils peuvent leur parler comme si c’étaient des amis.” Michael Bassano raconte que les patients “reviennent à la vie” lorsque Alongkot vient visiter la salle. Mais ses visites se font rares. Le moine affirme par ailleurs que le temple a tenté en vain de recruter du personnel médical. “Les médecins thaïlandais préfèrent travailler dans des hôpitaux privés. Et les médecins du service public n’ont pas la formation nécessaire.” Mais il est tout de même incompréhensible que, dans un pays de 65 millions d’habitants, il soit impossible de recruter un seul médecin thaïlandais. “Les médicaments antirétroviraux, poursuit le supérieur, ont généré de nouveaux espoirs mais posé de nouveaux défis. Avant, les gens venaient ici pour mourir. Nous incinérions leur corps et voilà tout.” Aujourd’hui, ils sont des centaines à survivre, et – du fait qu’ils sont privés de contact avec leur famille, et parfois rejetés par leurs proches –, il faut les loger, les nourrir et les vêtir. Il y a également de plus en plus d’enfants. Autrefois, les enfants mouraient rapidement ; aujourd’hui, ils vivent plus longtemps et leurs proches préfèrent les confier au temple, car ils pensent que les moines s’en occuperont bien (il est prévu que le “second projet” accueille à terme quelque 2 000 enfants). Tout cela représente pour le temple une charge financière croissante. “Nous nous demandons comment nous allons pouvoir survivre au cours des vingt prochaines années”, s’inquiète Alongkot.
Le temple semble pourtant loin de manquer de moyens. Pradit Yingyong, le responsable des relations publiques, nous a annoncé qu’Alongkot avait l’intention de créer un centre sportif (coût : 2 millions d’euros) et d’aménager un sentier de méditation sur la colline dominant le temple (10 millions d’euros). Autre dépense étonnante, le temple s’est récemment doté d’un huitième incinérateur pour son crématorium (145 000 euros) alors que le nombre de décès a nettement baissé. “Le temple reçoit beaucoup d’argent, confirme Bassano. Mais la façon dont cet argent est réparti, qui en profite, qui reçoit quoi, ça, je n’en ai aucune idée. Et puis il faudrait s’interroger sur l’état d’abandon dans lequel vivent les gosses. Et pas seulement les gosses, d’ailleurs…”
Il n’est pas facile d’aborder les questions d’argent avec un bonze sans avoir l’air de l’accuser de malhonnêteté. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles les finances des temples en Thaïlande sont si opaques, et les dons si faciles à détourner de leur but.

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MessageSujet: Re: Un champ de fleurs chez Buddha ( Thailande, Lopburi )   Mar 9 Sep 2008 - 18:34





(“La moitié pour le temple, la moitié pour le comité du temple”, dit une vieille chanson thaïlandaise.) D’après Alongkot, et sans prendre en compte les dépenses liées au second projet, les frais de fonctionnement du temple représentent chaque mois entre 4 millions et 5 millions de bahts [entre 80 000 et 100 000 euros]. Or le temple, selon lui, reçoit “cette même somme” sous forme de dons. “Nous ne sommes pas obligés de faire une déclaration publique, insiste Alongkot, mais nous avons un système d’audit efficace.” Il me suggère de demander au secrétariat combien d’argent est dépensé. Ce que je fais. Après m’avoir promené entre quatre bureaux différents, on me ­remet un document de deux pages qui donne des chiffres totalement différents de ceux qu’Alongkot m’avait donnés au cours de la conversation. Il est certain qu’Alongkot, en accueillant ses premiers malades du sida, a accompli un acte de compassion véritable, à une époque où la démarche n’était pas courante. Mais, aujourd’hui, seize ans plus tard, on a le sentiment que les patients sont négligés, alors même que leur calvaire exhibé en public continue à faire rentrer des masses d’argent. Mais la baisse du coût des médicaments et l’augmentation de leur efficacité risquent d’invalider la stratégie financière d’Alongkot. “Comment feront-ils pour continuer à collecter de l’argent, si les patients paraissent en bonne santé ? s’interroge Bassano. Il va bien falloir faire quelque chose, parce que les gens vont aller de mieux en mieux.” En décembre dernier, Bassano a quitté le temple pour se préparer à sa nouvelle affectation. Il doit se rendre en Tanzanie, où la prévalence du HIV et du sida parmi la population adulte est près de six fois supérieure à ce qu’elle est en Thaïlande. Ses patients regrettent son départ. Un nouveau médecin et une infirmière sont arrivés. Il ne s’agit pas de Thaïlandais rémunérés sur les fonds du temple, mais d’un Cambodgien et d’une Indienne payés par une organisation caritative américaine. Le médecin cambodgien a refusé d’être interviewé : il ne possède pas encore la licence lui permettant d’exercer la médecine dans le royaume, de sorte que son travail, dont on a pourtant grand besoin, est officiellement illégal. Il a toutefois consenti à déclarer que le temple manquait de médicaments et d’équipements médicaux de base.
A l’orphelinat, une douzaine de très jeunes enfants finissent de manger et s’apprêtent à se retirer pour la sieste. Mais, avant de quitter la table, ils récitent une prière pour le supérieur, qu’ils désignent par son nom de moine officiel, lequel signifie “plein d’amour et de bonté”.
“Merci, merci,
Très vénérable moine Udom Prachatorn,
Pour nous avoir nourris aujourd’hui.
Du fond de nos cœurs nous vous remercions pour votre bonté
Nous sommes si heureux.
Merci, merci !”

Andrew Marshall

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MessageSujet: Re: Un champ de fleurs chez Buddha ( Thailande, Lopburi )   Mar 9 Sep 2008 - 19:22

Après lecture, on voudrait garder le silence ou crier sa colère face à l'indiférence.

La Thaïlande, synonyme de soleil, de plages, de dépaysement pour nous les privilégiés qui y allons... et tout l'envers du décor.

Que rajouter si ce n'est merci d'avoir mis ce texte pour ces sidéens et ceux qui les entourent.
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