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Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.

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Yann
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MessageSujet: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   4th Octobre 2007, 5:38 pm

Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.

Partir loin, c’est surtout aller au-delà de soit même…





Moluques nord. Halmahera. Baie de Daru.



Ivresse.

Je ferme régulièrement les yeux depuis déjà quelques heures pour demeurer au plus près de ces images aphrodisiaques; instants faisant naître en moi un eden.

Maluku Utara, mon paradis.



Doux, tiède et poisseux est le vent ce matin. Chaud, il colle à la peau et apporte de la jungle le silence qui précède l'orage. Suffisamment fort aussi pour guider et déchirer le voile du matin sur les cônes fumants d'Halmahera.

Des volcans. Partout. Posés sur l'eau comme des corbeilles à l'envers sur une table.

Le soleil, encore trop timide, joue à cache-cache avec les nuages gonflés comme une panse d'âne. Les écluses du ciel sont prêtes à s'ouvrir d'un moment à l'autre.

Toutefois certaines lumières, plus malignes, plus éclairantes que d'autres; balisent la douce progression de notre pirogue. Roulant sur le fil de nos prochaines rencontres, la pirogue à balanciers évolue sur le gris bleu avec la même élégance qu’un gerris sur un lac.

Le tronc d'arbre taillé avance, tangue, roule. On vit, on voit au ralenti.

Quiétude mystique perturbée par le moteur tapageur de notre embarcation tape à l’oeil.

La mer devient blanche. Il pleut. Le rideau de pluie qui nous entoure nous ménage une intimité sans pareille. Je sors le parapluie rose du boat man pour protéger notre essentiel.

Du ciel la vue doit être insolite, comme si un gros champignon avait soudainement poussé sur la pirogue. Nos couleurs doivent intrusivement contraster avec cet univers de jungles et de mer.

De Daru, nous mettons près de deux heures trente à rejoindre le littoral volcanique de Subaem, modeste bourgade située sur le flan central ouest de la partie Est d'Halmahera.

  • Il était temps qu'on arrive...c'était à la limite du supportable. Me dit Isabelle.
  • Ouaih ! On avait le cul en feu au dessus de ce truc ! Ajoute avec délicatesse Morgann.


Partis s'abriter sous l'unique bâche de la pirogue à balanciers, mes trois chers étaient aussi assis et entassés sur la seule planche du bateau... au dessus du moteur. Tétanisés par le manque d'espace et de mouvement, la pirogue n'avait pas couvert un mille marin que les derrières rougissaient déjà.

  • Tu veux que je te montre comment je suis goreng (frie) ? Me propose ma fille.
  • Non non ça ira ma puce, je te crois.... dis je en esquissant un sourire.


Sans étonnement nous découvrons en Subaem, un jeune coin complètement paumé. C'est pourtant un des seuls endroits mentionnés sur notre carte.

Comme dans les villages du Far West, le patelin semble s’être construit rapidement. De bris et de brocs. Ce qui n’était même pas un hameau il y’a quelques années, s’est doucement transformé en un gros village.


La suite c'est par là....l'administrateur ne sait pas comment augmenter la capacité des posts... lol!




http://www.yannsenant.com/ohonganamanyawa__le_peuple_togutil_3266.htm
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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   4th Octobre 2007, 7:49 pm

On s'y croirait ... dommage qu'on ne puisse lire les yeux fermé. J'entends le bruit du moteur, c'est tout juste si je ne suis pas trempée par ce rideau de pluie et j'ai le postérieur (j'ai été éduquée par le passé geek ) qui commence aussi à chauffer.

Je vais vite voir la suite ...

Finalement, c'est bien ce que je pensais, il n'y a plus besoin de voyager, il suffit de plonger dans le voyage des copains qui reviennent ... jocolor... mais pour ça, il faut qu'ils trouvent les mots pour les traduire en sensations merveilleuses comme tu viens de le faire.
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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   4th Octobre 2007, 9:05 pm

c'est gentil Pascale..c'est un texte difficle à écrire. C'est un mélange de carnet et de mémoire que je dois au peuple Togutil, un écrit que j'ai promis à UDHIEN...un ami. Une promesse est une promesse...Je me dois de matérialiser fidèlement cette rencontre ...pour lui, pour eux.

Pas fini encore. Le plus beau et le plus dur reste à taper. Faut trouver les mots justes.

Merci pour tes encouragements Pascalou, je suis content que tu sois la première... Wink
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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   4th Novembre 2007, 2:21 pm

- La fièvre du bois et du minerai. M’explique Udhien, notre ami Indonésien venu sur Halmahera pour nous accompagner.

Les richesses naturelles d’Halmahera attirent de plus en plus de monde ; des Javanais et des Sulawesiens pour la plupart. Mais aujourd’hui comme hier ils ne sont riches que d’un immense espoir. Surestimant grandement les bénéfices, cette nouvelle migration demande avidement le développement de ces nouvelles terres, tout en sous estimant les désastreuses conséquences humaines et



écologiques que cela engendre. Les seuls qui tirent profit de cette manne sont les industries forestières et minières; pirates des temps modernes.

Nous rejoignons le seul losmen de Subaem, le Barokah, en milieu d’après midi. Un Rumah makan (restaurant familial) attenant, le homestay dispose de six petites chambres où le confort est à la hauteur du prix dérisoire. Notre arrivée fait sensation ; les gens sont éberlués, fascinés et immobiles.

Après le traditionnel « Dari mana » (D’où venez vous ?), ils enchaînent rapidement sur la raison de notre venue. Nous prenons place, à leurs côtés, sous la terrasse du losmen.

· [color=black]Saya bukan scientifik. Saya mau bertemu orang Togutil[/color]. Non, non je ne suis pas scientifique. Je viens ici en famille et en vacance pour rencontrer le peuple Togutil.

· [color=black]Orang Outans[/color] ? Les hommes de la forêt ?

· [color=black]Ya[/color]. Oui.

Udhien, qui s’est absenté un court instant, reprend le fil de la discussion afin d'éclaircir nos motivations à l'autorité gouvernementale, nos interlocuteurs. Passant de l'anglais à sa langue maternelle, Udhien brise toutes les barrières linguistiques et créé ainsi un lien lumineux entre chacune de nos passerelles interrogatives.

Il leur explique qu’il est guide professionnel ; mais avant tout un passionné de peuples tribaux. Que pour nous mener là où nous sommes aujourd’hui, il a écourté un de ses tours avec un groupe d'Allemands.





Il souhaite à travers ses dix jours de vacances, décrit il, nous faire enregistrer l’importance de protéger le mode de vie des Togutils. En nous faisant rencontrer dans un premier temps des Togutils sédentarisés; dans un second découvrir un complexe fixe construit par le gouvernement pour ces hommes. Et dans un troisième et dernier temps rencontrer les Ohonganamanyawa (Les Togutils libres); le peuple de la forêt.

La chronologie des rencontres n'est pas anodine, il souhaite que nous cheminions intellectuellement pas à pas. Que nous percevions crescendo la fragilité existentielle de l’ethnie. Non pas seulement pour nous construire un



simple et beau souvenir d’été; me dit il; mais plutôt pour faire passer un message à travers mes carnets. Il est persuadé qu’ainsi je participe concrètement à une mémoire pour ce peuple en sursis.

- Il faudra écrire Yann. Pour se souvenir d'eux; mais surtout pour me permettre à travers toi, de témoigner et crier leur existence...

Alors que ses mots raisonnent encore moi, je lui promets de matérialiser ces proches et futures rencontres sur papier...tout en sachant que mon témoignage restera sans voie.

Optimisme. Naïveté. Magnifique Udhien. Quel incroyable personnage.

Figurément, je suis assis. Et après traduction, les fédéraux ne bronchent pas mot non plus.

La rencontre de demain sera à coup sûr inoubliable. Pour Isabelle et moi. Surtout pour nos gamins.

Nous discutons là une bonne heure autour d'un kopi, avant d'aller se rafraîchir au mandi. Udhien s'absente à nouveau deux petites heures avant de revenir contrarié. Les voitures se comptent sur les doigts d'une main dans cette région d' Halmahera, il n'a pas réussi a en trouver une pour notre trip de demain.

- Cela fait loin pour s'y approcher en mobylette ? Je lui demande.

- Non. Il faut une heure ou deux maximum de piste pour atteindre la base des montagnes. Mais nous sommes cinq. Cela va t'obliger à en chartériser quatre. Me répond il ennuyé.

D'un oeil souriant et d'une main rassurante sur l'épaule, je lui rappelle que l'essentiel c'est d'être ici. Avec lui. Le reste ne nourrit même pas l'anecdote.

Nous gagnons rapidement nos piaules vers 21 heures, car la journée de demain s'annonce longue, fatigante mais inéluctablement exceptionnelle.

Sur la route, je prête au soir une force inconnue. Seul devant mon carnet de voyage, l'intime obscurité m'aide à trouver les mots. Ceux qui sont juste. Ceux qui me permettent de relier les situations de la journée à l'artifice émotionnel qu'elles ont généré.


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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   4th Novembre 2007, 2:22 pm

Bruits, odeurs, saveurs, images, émotions. Tout doit devenir mot.

Alors vient l'exercice compliqué de synthétiser son univers en voyage, de choisir une phrase pour ponctuer le fort ressenti.

Pauvre carnet. Je déchire, je souligne, rature, gribouille....Il retrouve le goût du calme dès lors que j'ai l'intime confirmation de mes sentiments.

- Allez, bonne nuit....

JOUR 2

Nous nous levons à l'aube. La journée s'annonce aussi belle que la lumière caressante. Après quelques pisang goreng (beignets de bananes) et un tonique kopi kosong, nous rassemblons nos affaires. Chargeons nos sacs d'eau puis de quelques vivres et quittons le losmen Barokah à pied. Sur la seule et unique route asphaltée de Subaem, un chemin.

Un chemin offrant moultes possibilités d'égarement. Perpendiculairement il existe tous les vingt mètres des départs de pistes, en direction des montagnes. Nous marchons une bonne trentaine de minutes sur la major avant de bifurquer à droite par un sentier de traverse. L'ambiance devient immédiatement humide; calfeutrée par le couvert végétal et le toit vert des arbres, solides comme les colonnes d'un temple grec.

Un quart d'heure passe.

Les premières habitations nous apparaissent comme par magie, au détour d'une boucle déjà empruntée. Des fumerolles se dégagent des toits de palmes, il y 'a du monde. Les cabanes sont évidement rustique, construites dans un amas de débris modernes et végétaux. Nous approchons timidement malgré les sourires accueillants. J'intériorise stricto sensu de la tristesse, un malaise certain devant cette précarité.

Ils sont là. Assis .Ils attendent.

Une même famille, trois hommes et deux femmes. Non, trois femmes. L'épouse du chef. Je suis invité par le patriarche à la rencontrer à l'intérieur de la hutte. Les enfants et Isa préfèrent rester à l'extérieur.

Les bras autour des jambes, elle est allongée en chien de fusil près du foyer intérieur. J'approche au rythme de mon accoutumance à l'obscurité. Elle tourne



d'un quart la tête, je distingue son sourire mais l'ambiance me laisse présager le pire.

Elle grelotte, transpire abondamment, tousse. La malaria, m’informe Udhien. Les misérables conditions d'hygiène ont raison de chaque coin sensible de la peau. Visage, yeux et lèvres sont boursouflés....je marque intérieurement un recul, physiquement aussi sûrement mais je tente de lui faire bonne figure. Je suis son seul miroir.





Dans un effort incroyable, elle se lève et me présente son intérieur. Me propose une part du pain de sagou, refuge à mouches. Je la remercie et ressort très peu de temps après mon entrée. Je ne sais quoi penser, sinon l'impression d'être devenu un voyeur impuissant. Je fais part de ma gêne auprès d' Udhien; mais il trouve encore les mots justes.

- Ne te remets pas en question Yann. Ne t’arrête pas à la maladie où à la misère. Vois l'homme. Laisse tes premières impressions là où elles sont. Pour l'instant c'est ton coeur qui réagit, et c'est bon signe. Le cœur est la première porte de l'esprit. Patientes et alors tu saisiras l'essentiel. Ils sont heureux et honorés, tu sais, qu'une famille soit venue d’Europe pour les rencontrer. C'est la première fois qu'ils voient des occidentaux.

Soudain des millions d'aiguilles translucides trouent le toit de la forêt. Aussitôt, le chef nous convie de la main à venir s'abriter sous la seconde cabane. Et puisque la pluie favorise les échanges, je tente de comprendre le pourquoi de leur sédentarisation.

Avant notre venue mon oeil curieux ne s'était posé sur aucun dispensaire, aucune énergie de confort, aucun jardin potager, aucune culture sur brûlis...Que chi. Rien de rien.
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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   4th Novembre 2007, 2:23 pm

Il est vrai qu'il existe plusieurs manières de conceptualiser le monde mais ici il n' y a pas le moindre argument pouvant m'expliquer une migration vers ce prétendu meilleur.

- Vous avez déjà vécu en jungle? Que je demande naïvement au chef.





- Bien sûr, mais il y'a longtemps. Sa réponse soutire un rire de ses comparses.

J'embraie maladroitement par un :

- Pourquoi avez vous quitté la forêt ?

L'homme marque une pause, le temps de la réflexion. Il est embarrassé, et semble ne pas savoir comment m'expliquer les raisons de leur arrivée dans les faubourgs de Subaem. Il me sourit et reste muet.

Qu'il soit intentionnel ou à l'origine d'une perte de mémoire, je comprends son mutisme. Ma question est à la base complètement sotte, une vie ne se réduit pas à une réponse surtout lorsqu'il s'agit d'une telle expérience. Il n'a peut être pas non plus choisit de mener une existence sédentaire.

Me voyant chahuté dans un dialogue intérieur, Udhien décide de m'apporter quelques éléments quant au parcours de ces anciens chasseurs- cueilleurs.

- Qu'ils s'appellent Kusuri, Papous, Asmats ou Togutils ; ces nomades indonésiens ont tous un cheminement commun. Les politiques passées de transmigration et des droits traditionnels à la terre ont joués et jouent encore un rôle important dans leur sédentarisation. Notre gouvernement loue aux sociétés privées et autres investisseurs les terres nourricières de ces peuples; alors que des lois modernes, votées par ce même pouvoir, stipulent que ces communautés ont le droit traditionnel et foncier de ces forêts. Sans forêt leur survie n'est même pas envisageable. Mais les autochtones ne savent pas tout ça. L’ignorance les conduit à leur perte.



Et le problème majeur en Indonésie, Yann, c'est la corruption. Tout est corruption. Pour se donner bonne conscience et prouver à l'opinion internationale que l'état vient en aide à ces groupes considérés longtemps comme des « sous hommes »; le gouvernement construit des complexes. Ces structures pourraient s'avérer être un bon programme si l'aide proposée était globale (scolarisation, formations..) et surtout si la notion du choix de vie était respectée...Mmmmffh !! Mais voilà, dans la plupart des cas la sédentarisation est forcée. Ces complexes sont des parcs humains.





Et ceux que vous voyez maintenant viennent de ces complexes...

Cette rencontre avec les Togutils s'annonce plus sourcilleuse que je me l'imaginais, sentimentalement et intellectuellement parlant. Je sais d'ores et déjà qu'elle ne se limite plus aux images pittoresques...

Des sourires pour les remercier de ces riches minutes, une reconnaissance exprimée par le hochement de nos têtes, notre échange prend fin en même temps que la pluie. Je pars avec le sentiment confus mais convaincu de mon interprétation. Ces Togutils sédentarisés se consument dans le désespoir de se savoir condamnés à attendre un miracle...qui ne viendra jamais.

Ils sont toujours là. Dans leur boui boui. Tels que nous les avons laissés cet été. Avec leur fardeau sur le dos. Avec la même gentillesse et la même crasse.

Ils sont las. Assis. Et continuent d'attendre.



Seuls véhicules dans les parages, nous n'attendons que peu de temps pour arrêter et chartériser quatre mobylettes. La suite de l'aventure est à une vingtaine de minutes d'ici mais nous l’appréhendons déjà. Udhien a prononcé le terme dur de « parc humain ». Que faisons nous ici ? Sommes nous à notre place ?

J’ai peur. Oui. Une vraie trouille. Celle qui vous rend les jambes molles...

Totalement imprévue il ' y a encore quelques jours cette future rencontre s'annonce comme une véritable insurrection de nos consciences, un affrontement intime. Loïck et Morgann sont encore trop jeunes pour apprécier finement la complexité de cette réalité lointaine; mais je sais qu'en leur fort intérieur l'ordre des choses ne sera plus le même qu'hier. Ils saisiront le véritable enjeu de leurs vacances en lisant ce carnet lorsqu'ils seront plus grands; ils réaliseront que nous ne sommes pas le centre de ce monde, pourvoyeur d'extraordinaires et troublants instants. Ils porteront en eux une part de la vérité des Togutils.

Derrière le chauffeur et sans casque bien entendu, chacun de nous enfourche une moto. Les enfants montent tous les deux sur la dernière 125. La ballade est sinueuse, rocambolesque mais fantastique. Le ciel est devenu une jolie phrase bleue ponctuée ci et là de nuages blancs. Cela frange magnifiquement avec le vert prairie des rizières.


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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   4th Novembre 2007, 2:24 pm

Les chemins empruntés se transforment rapidement en sillons de boue sculptés par les roues des trucks forestiers. La tâche du chauffeur devient plus périlleuse, hasardeuse et plus salissante...Au détour d'une boucle plus dessinée; l'arrière de ma bécane slalome et glisse sur une vague de terre molle….La roue avant se braque et s’immobilise dans le margouillis...Rémi Julienne ne ferait pas mieux; j'improvise sans filet un brillant soleil. Splatch !!! Mon sac à dos et le matelas de boue amortissent heureusement ma chute…j'en sors indemne; aucune égratignure, que des éclaboussures.

· [color=black]Apa kabar [/color]

· [color=black]Kabar baik, terimah kasih. [/color]

Nous continuons et poursuivons notre trajet sur la tortille encaissée. Quand un petit cours d'eau, bordé de solides arbres et de frêles buissons décide de nous faire barrage. Contourner n'est pas Indonésien, mon driver n'hésite pas un instant. Le ressac de notre passage caresse mes mollets croûtés, dégoulinants maintenant comme du rimmel sur un oeil pleurant.

· [color=black]Cela te fait une belle jambe. Se raille ma tendre. [/color]

· [color=black]Tu n'as encore rien vu, vise un peu mon derrière. [/color]

· [color=black]Ah !! on dirait que tu ... [/color]

· [color=black]Oui oui c'est bon j'ai compris. [/color]

Rivière franchie, nous débouchons sur le complexe; installé à l'abri de grands arbres. Nous nous arrêtons en face d'une insolite église protestante. Le complexe nous apparaît comme un immense damier sans âme, construit dans un décor que tout voyagiste vend. L'aspect phénoménal de cet environnement troublant est son côté propre, carré, attirant. Son côté carte postale. Les montagnes en horizon, le village est bercé par le chant de la rivière, noyé dans une jungle inextricable où ne coure aucun autre sentier...L'impression d'une Huelgoat ou une Brocéliande asiatique, peuplée d'esprits anciens et de lutins malheureux...C'est un joli coin. Mais les légendes ou plutôt les secrets ; eux ; sont dans l'envers du décor, dans le coeur de ces hommes.



Notre irruption suscite immédiatement de la stupéfaction, du stress aussi. Certains enfants marquent un recul. Si nous sommes les premiers bule (blancs) qu’ils voient, c’est aussi le premier village de la sorte que nous découvrons. Comment faire face. Restons ce que nous sommes. Nous n'avons de toute façon pas d'autre partition à jouer que la simplicité.



Nous saluons un petit groupe de surpris, assis devant une baraque. L'un d'eux nous sourit, et se lève doucement et vient à nous. Les paroles enflent au loin, notre présence est remarquée. Une grappe de bambins, de femmes et d'hommes s’attroupe pour nous voir.

Les sourires ne sont pas forcément de mise, et c'est normal. On ne s'attendait pas à un accueil comme celui des jours passés dans l'archipel de Gura ici. La vie ne leur a appris que la méfiance envers les étrangers. Mais ils ne sont pas distants non plus. Les minutes passent. Les lèvres se dérident. Grâce à nos enfants encore une fois de plus.

Attirée vers les jeunes enfants depuis son plus jeune âge, Morgann développe un sens incroyable de la relation. En un sourire elle tisse des liens qu'on ne pourrait faire par la parole.

Tous les enfants du village sont là. Tous nous explorent du regard, certaines curieuses viennent malaxer les bras et joues envieuses de Morgann. Cela rit mais parle peu.

A l'estime et à l'invitation d'un moustachu nous entrons dans la première baraque du village. Construite en dur, elle offre pour seul confort son toit. Le sol en terre battue, l’intérieur me rappelle notre tente familiale : une modeste pièce à vivre, trois cages à lapins disposées sur la largeur en guise de chambres. Un camping de la misère.

Cinq chaises nous sont portées et installées en face de notre hôte à moustaches. Plusieurs vingtaines de curieux cernent la maison maintenant. Ici pas de serrure, on nous observe alors dans chaque interstice qu’offre les planches murales. Il rentre dans la pièce autant de curieux que de sceptiques. Comme pour une photo d'équipe les petits se positionnent assis par terre, les aînés debout derrière eux.

Nous sommes assis là, au milieu de ces personnes. Puisque les yeux sont une fenêtre sur notre pensée, je lis dans leurs regards des multitudes de questions. Dans chaque œil, une interrogation.

Qui êtes vous, que faites vous ici, pourquoi venez vous…

Je me tourne et déchiffre dans les prunelles de ma femme un grand. Que faisons nous ici ?

Une gêne poite son nez au fur et à mesure que le dialogue, via Udhien, s’installe. C’est MON malaise, puis notre malaise. Je suis léthargique, paralysé à l’idée que je ne pourrais répondre à aucune de leurs attentes.

Je me sens bien con. J’ai honte.

Si je ressentais quelques tempêtes lors de nos rencontres passées, j’éprouve aujourd’hui une sorte de raz de marée intellectuel. Une vague d’émotion si haute qu’elle rase tout bas mes soifs de découverte « no limit ».

Que je sois bouleversé, soit. Je l’ai cherché et bien trouvé. Mais je ne peux plus, je n’ai pas le droit d’entretenir ce faux espoir que je provoque inconsciemment.

A mon addiction de rencontres et à notre passion du voyage, nous n’avons vu en cet instant que des pleurs, des regards désespérés et des attentes humanitaires qu’on ne pourra jamais rassasier …je me suis trompé. Pourquoi sommes nous venus. Nous ne sommes pas armés et assez qualifiés pour entreprendre ce genre de voyage expédition.

Il est compliqué pour moi, pour Isabelle de décrire l’intensité de ce spectacle. Oui spectacle, le terme est dur. Fort. Comment peut on le qualifier autrement ?

Voir pour voir. Rencontrer pour rencontrer….Cette vision occidentale du voyageur ne doit pas se limiter à l’envie individualiste et égocentriste. Rencontrer c’est aussi prendre le risque de changer l’évidence de vie de l’autre.
Aller sur ce coin d’ Halmahera c’est aller loin mais surtout aller au bout de soit même. En acceptant d’être un actif stérile à la condition des gens rencontrés.à suivre...
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Dernière édition par le 4th Novembre 2007, 6:42 pm, édité 1 fois
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pascale
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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   4th Novembre 2007, 4:05 pm

Merci d'avoir trouvé des mots aussi justes qui nous permettent de percevoir un peu de l'ampleur des sentiments que toi et ta famille ont ressenti.
Merci pour cette simplicité ...

Merci pour eux, d'avoir aussi bien témoigné et crié leur existence...
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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   6th Novembre 2007, 6:20 pm

Merci Pascale...je continue d'écrire la suite très prochainement..et merci pour tes encouragements sur Vatican forum Wink
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yannick




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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   12th Novembre 2007, 1:21 am

Et ben là, on ne rigole plus. Quelle narration. Chapeau bas encore une fois.

Je suis troublé par ce texte qui nous renvoie vers notre plus profonde intimité. J'y ai ressenti de la joie, de la gêne, du beau, de la compassion, de l'empathie, de l'impuissance aussi.

Ces journées vous auront marquées à jamais de leurs empruntes, parents mais aussi enfants. Et il ne fait aucun doute que vos petits sont bercés dans un mode de vie, d'éducation hors du commun.

Encore bravo pour la justesse de ces mots.
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Alan




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MessageSujet: Yann, Yannick, Pascale et tous de Tashi .....   12th Novembre 2007, 8:57 pm

Oui, Yannick c'est exactement celà ......

Je suis troublé par ce texte qui nous renvoie vers notre plus profonde intimité. J'y ai ressenti de la joie, de la gêne, du beau, de la compassion, de l'empathie, de l'impuissance aussi.

Tous ceux sur Tashi qui auront lu ce texte ressentiront la même chose que toi ..... et c'est grâce à des textes comme celui ci que les choses peuvent bouger et évoluer, que les gens peuvent prendre conscience de l'évolution malencontreuse du Monde que l'on a créé et voulu .....

J'ai piqué une colère sur un un autre forum à cause justement du fait que des voyageurs qui se disent voyageurs ne prennent même pas la peine de lire ce texte, de plus connaissant Yann et la valeur de ses aventures, et surtout ne cherchent même pas à en extraire des échanges, des critiques même ou tout simplement des réflexions ...... rien de rien et c'est vraiment désolant ..... alors merci à Tashi et à ses membres de dire tout simplement que ce texte les a touché ......

Par contre si vous voulez savoir pourquoi les thais portent des tee shirts de couleur rose en ce moment ...... événement de haute portée oh combien intéressante ..... alors connecter vous sur ce même autre forum, car là la discussion remporte un franc succés ....... et je vais mettre un gros .... parceque oui, je suis vraiment pas content .......

Pour Yann, ne sois pas géné de ce que j'ai écris ici ou sur " l'autre forum ", il fallait que je le dise et que ça sorte, parceque des fois franchement il est déprimant de voir l'évolution de la morale humaine et son égoisme remplie d'ingratitude et d'indifférence ......

Bon, là on a bien compris que j'étais en colère ....... Wink
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"Voyageurs égarés dans ces contrées inviolables, gardez vous des étonnements et des surprises; vous avez atteint le domaine des merveilles, la terre qui reçut la visite des dieux "
Roland Meyer - Sarami , danseuse cambodgienne

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Yann
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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   13th Novembre 2007, 7:24 pm

Merci Yannick, merci Alan.

J'ai lu en effet le post auquel tu faisais allusion. Je comprends ton coup de gueule, et sais pourquoi c'est sorti...

Ceux qui ont répondu n'ont pas lu le carnet. Par manque d'intérêt, de sensibilité ou par lassitude de lire un énième avis sur la question.


Je ne répondrais pas en public sur ce forum et hésites encore à lever ce carnet comme je l'ai fait pour les autres. J'ai fait encore une connerie à le mettre en ligne là bas...

Ce que j'aimerais que l'on retienne de ce carnet, car il s'agit bien d'un carnet et pas d'une étude anthropologique ou ethnologique. C'est un récit subjectif et personnel racontant quelques jours passés avec un peuple; dans lequel je me mets à nu quant à mes questionnements intérieurs. A aucun moment ainsi que ceux à venir dans cette narration je prétends apporter une explication ou une comparaison des caractères sociaux et culturels des Togutils. L'inverse serait prétentieux de ma part, et tout ceux qui me connaissent savent que je suis un type simple.

Au terme " étaler" mes carnets sur la toile, je préfère celui de partager....

Pas grave tout ça, Alan...le plus important c'est ce que mes amis d'ici pensent...parce qu'ici on sait penser.

bises
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pascale
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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   13th Novembre 2007, 7:55 pm

Sans vouloir m'incruster dans la discussion Very Happy , je pense que tu devrais laisser ton carnet sur "Le Vatican".
Tout simplement parce qu'il y a des gens qui le lisent (215), et même si les lecteurs ne mettent pas de réponses, ils n'en sont pas moins indifférents pour autant. Ce texte les interpelle forcément, peut être les dérange aussi et ils restent coi.
Cette reflexion les dépasse sans doute aussi.

C'est peut être aussi parce que nous, on te connaît avec ta sensibilité, qu'on a perçu comme il te venait du fond des trippes et qu'on a pu apprécier toute sa force.

Je ne sais pas si ici on "sait" penser, mais au moins, on essaye Laughing

Continue à nous pousser hors de notre train-train ...
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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   14th Novembre 2007, 10:27 am

Mais dites donc, j'ai comme l'impression que j'ai eu raisons de ne jamais m'inscrire sur le forum du Vatican... j'y ai trouvé quelques infos sans jamais y laisser un mot, peut etre que "la masse" des inscrits m'a fait plus peur qu'ici (et voila que je me met a parler en rime... ca donnera peut etre plus de prestance a ce que j'ecris).

Je crois surtout que beaucoup de gens y vont pour laisser leur avis en n'ayant que faire de celui des autres. Il y vont pour prodiguer de bons conseils aux pauvres voyageur qui n'y connait rien. J'ai bien l'impression que c'est souvent un echange unilateral. (je parle dans un cas général bien sur, je me doute qu'il y a des gens bien la bas, mais l'effet de masse donne cette impression)
Donc je ne sais pas quel est le débat qui a eu lieu la bas et qui a enervé notre Alan mais ça ne m'etonne pas.

En tout cas ici on est bien donc on y reste !!!
Et on en veut encore des témoignages comme celui de Yann.
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MessageSujet: Re: Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.   14th Novembre 2007, 5:08 pm

le top du topic sur VA TI CON F ( c est pas du créole)est plus que passionnant ,encore mieux que les feux de l amour une question qui hante les esprits de certains " les risques et les piéges s'il y en a, à entretenir une relation amoureuse avec une jeune fille Thai ?
Y aurait pas des specialistes des moeurs Thai afin de mettre fin a ses posts qui mobilisent les nuits blanches de certains !
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Ohonganamanyawa, le peuple Togutil. Les hommes de la forêt.

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